Madame Bonaparte fascinait les Américains

Le petit caporal corse a beau n’avoir jamais mis les pieds sur le sol américain, le nom Bonaparte reste synonyme de faste et de culture aux Etats-Unis. Philadelphie, par exemple, conserve précieusement les 24 albums de gravures de Piranesi dont l’Empereur a fait don au premier Musée de la nouvelle République, la Pennsylvania Academy of the Fine Arts.

Après la débâcle de Waterloo, Joseph, le frère de Napoléon, s’installe dans la ville, pendant la construction de son manoir dans le New Jersey. La collection Bonaparte dont a hérité l’Athenaeum, bibliothèque spécialisée dans l’architecture, le design, l’histoire et les arts américains, reflète le style de vie somptueux de Joseph. Cet ex-roi de Naples et d’Espagne apportait d’Europe objets d’art, tableaux, et une cave bien achalandée – son surnom n’était-il pas « Pepe Botella »? – pour recevoir l’élite sociale et intellectuelle de Philadelphie.

Il est rejoint par Charles-Lucien Bonaparte, fils de Lucien, son jeune frère naturaliste qui recensera de nombreuses nouvelles espèces d’oiseaux dans ses quatre volumes d’American Ornithology. Mais, précédant Joseph et Charles-Lucien, il y eut Jérôme, le benjamin, fringant et sémillant, qui débarque à Baltimore en 1803. Il y tombe amoureux d’Elizabeth Patterson, la fille d’un riche homme d’affaires de la ville et l’épouse, sans le consentement de Napoléon qui souhaitait alors imposer à ses sept frères et sœurs des mariages stratégiques avec les grandes familles européennes !

Betsy défraie la chronique américaine

De Baltimore à Paris, via Washington, Philadelphie, et d’autres capitales du continent, celle qu’on appellera Madame Bonaparte fascinera à jamais les Américains. Une pièce de théâtre et deux films seront consacrés à cette femme fatale. Charlotte M. Boyer brosse dans Elizabeth Patterson Bonaparte : An American Aristocrat in the Early Republic le tableau d’une femme courageuse, admirée pour sa beauté immortalisée par le triple portrait de Gilbert Stuart, et pour son esprit, mais scandalisant son entourage.

Dans une Amérique qui balbutie pour définir les futurs rôles dévolus aux femmes – épouses ou mères, à des lieues des suffragettes des siècles suivants – dans un contexte social conventionnel qui décrète que le nom d’une femme n’apparaît que deux fois dans la presse, à l’occasion de son mariage et à son décès, « Betsy » défraie la chronique. C’est une célébrité (ne nourrit-elle pas l’espoir d’un titre de noblesse en Europe, une fois que Napoléon sera sacré Empereur ?), c’est une salonnière, enjouée et cultivée, avec un vif sens de la répartie, et c’est une élégante aux tenues excentriques en provenance de Paris, qui parade dans les soirées mondaines, vêtue de mousseline légère révélant dos, bras, gorge, et galbe des jambes – ce qui fera dire à un observateur que “sa robe de mariée aurait tenu dans ma poche”.

Par son goût immodéré pour le luxe et ses écarts, associés à un régime monarchique, elle représente aussi un danger dans cette nouvelle démocratie qui vient de se libérer du joug des privilèges de la noblesse ! Partie pour Paris peu de temps après la cérémonie nuptiale, interdite d’accès sur ordre de Napoléon dans les ports d’Europe, menacée de voir son mariage annulé, abandonnée de Jérôme qui accepte de convoler avec la princesse Catherine de Wurtemberg que son frère lui a assignée, bafouée, elle rentrera à Baltimore, assumant avec courage, face à l’adversité, son futur destin de Madame Bonaparte.

Pour plus d’informations : http://www.philaathenaeum.org/events.html

This entry was posted in Culture, Floride, Societe, USA and tagged , , , . Bookmark the permalink.