2 Avril 1513 : Ponce de Leon découvre la Floride….

Après plusieurs jours de navigation, les trois petits navires placés sous le commandement de Juan Ponce de León arrivent en vue d’une terre. Serait-ce, enfin, la grande île qu’il recherche ? Celle qui abrite la fontaine de Jouvence ? Le chef de l’expédition espagnole y compte bien…

 Bien sûr, le motif premier de son exploration dans ces contrées inconnues est de trouver de l’or, beaucoup d’or, mais il rêve aussi de boire à la fontaine de vie pour vaincre les irrémédiables outrages du temps marquant déjà son beau corps d’hidalgo… Bien sûr, le conquérant espagnol poursuit une chimère. Mais l’amusant dans cette histoire, c’est que la terre qu’il découvre ce 2 avril 1513 n’est pas une île, mais la Floride. L’endroit qui abritera, quatre siècles plus tard, la plus forte concentration au monde de vieillards pour qui la fontaine de Jouvence coulera en permanence chez leur chirurgien esthétique.

À l’époque de sa découverte, Ponce de León affiche 39 ans. C’est loin d’être un vieillard, mais au XVIe siècle, l’âge est déjà respectable. D’ascendance noble, il a combattu les Arabes à Grenade avant de participer à la reconquête de l’Espagne. Celle-ci achevée et la paix revenue dans le royaume, il s’est retrouvé comme un idiot sans emploi. Aussi, comme beaucoup de soldats, il s’est tourné vers le Nouveau Monde récemment découvert par Christophe Colomb. En compagnie de 200 autres gentilshommes espagnols, il accompagne Colomb dans sa deuxième expédition. D’exterminer les indigènes Haïtos d’Hispaniola (Haïti) au lieu d’Arabes ne lui pose aucun problème moral. Sa bravoure fait des merveilles et lui vaut d’être nommé gouverneur d’une province sur l’île. À la recherche d’or comme tout bon conquistador, il explore l’île voisine de Porto Rico, où il fonde la première colonie. Sans doute est-ce à ce moment-là qu’il entend parler d’une source redonnant la jeunesse dans une île voisine nommée Bimini. Mais avant de la rechercher, durant plusieurs années, il consolide son pouvoir et ses richesses dans les îles entourant Hispaniola.

La Terre des fleurs

En 1509, Diego Colomb, fils de Christophe, débarque à Hispaniola avec le titre de vice-roi. Il destitue Ponce de León de son titre de gouverneur pour le remplacer par un de ses proches. Une longue bagarre s’installe entre les deux hommes jusqu’au jour où le roi d’Espagne Ferdinand accorde à Ponce de Léon l’autorisation de monter une expédition – à ses frais – pour rechercher les îles de Bimini. S’il les trouve, il pourra alors s’en emparer au nom du royaume d’Espagne et en devenir gouverneur au-delà de la juridiction de Diego Colomb. C’est ainsi que, le 12 mars 1513, l’Espagnol appareille de Porto Rico avec 200 hommes à bord de 3 navires : le Santiago, le San Cristobal et le Santa Maria de la consolación. La flottille navigue au nord-ouest, longe les Bahamas. Le 27 mars, elle affronte enfin l’inconnu. Six jours plus tard, un marin aperçoit une terre. Tout le monde à bord croit que c’est la fameuse île de Bimini. Il s’agit en fait de la Floride.

Mais ce n’est que le 2 avril que les bateaux trouvent un endroit où jeter l’ancre pour descendre à terre. Ponce de León baptise cette île la Tierra la Florida (la Terre des fleurs) à cause de sa beauté. Faute d’avoir retrouvé le journal de bord du chef de l’expédition, on n’a pas beaucoup de détails sur l’exploration terrestre qu’il a pu mener. Apparemment, l’accueil des indigènes, les Ais, n’a pas été des plus chaleureux. Lors d’une escarmouche, les Espagnols parviennent à faire un prisonnier qui leur apprend que le nom de ce pays est Cautio. Sans doute Ponce l’a-t-il interrogé sur l’existence de la fameuse fontaine de Jouvence. La flottille longe la côte, atteint l’île Sanibel, où elle se heurte à une autre tribu nommée Calusa menée par le cacique Carlos qui accueille les étrangers avec la même hostilité. Au cours d’un affrontement, deux hommes sont blessés, obligeant les explorateurs à se replier. Toujours pas d’élixir de longue vie ou anti-panne sexuelle en vue.

Les navires jettent alors l’ancre à la hauteur de l’actuelle ville de Jupiter, où on capture un indigène pour servir de guide. Durant plusieurs semaines, Ponce de Léon explore encore la côte de Floride. Vers la mi-juin, une tribu hostile tend un piège aux navires dans un estuaire, mais leurs lances et leurs flèches n’atteignent pas les ponts, alors qu’avec leur artillerie les Européens font des dégâts dans les rangs ennemis. Finalement, fin juin, Ponce de León décide de retourner chez lui. Même s’il n’en est pas absolument certain, il se doute qu’il a exploré un continent. Ça ne peut donc pas être l’île de Bimini. Début août, il quitte définitivement la Floride, rejette l’ancre devant une île où ses hommes capturent une vieille Indienne qu’ils amènent à bord. Elle leur dit que l’île s’appelle Bahama. Mais, là encore, pas de source. Finalement, Ponce de León reviendra à Hispaniola, plus vieux de quelques semaines et avec les mêmes soucis d’impuissance.

Le Point 2 Avril 2012

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