La Floride, étape-clé des primaires républicaines

– Qui, de Mitt Romney ou de Newt Gingrich saura le mieux capitaliser la somme d’amertumes, de peurs, voire de colères qui étreignent nombre de citoyens américains ?

Qui, du modéré « Mitt », favori de l’establishment, ou du populiste « Newt », coqueluche des laissés-pour-compte, séduira le plus d’électeurs républicains en Floride, Etat où se dispute, mardi 31 janvier, une primaire décisive pour le « Grand Old Party » ?

A sept mois de la convention qui, à Tampa, doit désigner l’adversaire de Barack Obama, aucun des prétendants n’a pris un avantage décisif. Sur les quatre candidats encore en lice, trois ont remporté un Etat : l’Iowa pour Rick Santorum, la Caroline du Sud pour Newt Gingrich et le New Hampshire pour Mitt Romney.

 

Cette situation exceptionnellement indécise s’ajoute au poids de la Floride pour faire du résultat dans le « Sunshine state » un tournant possible de la campagne. « Si Romney gagne la Floride, ce sera difficile d’arrêter son élan. Si c’est Gingrich, tout restera possible », résume avec gourmandise Tim Tillison, militant du Tea Party, pro-Gingrich, à Orlando. La règle locale, qui attribue au vainqueur les 50 délégués de la Floride pour la convention républicaine, accroît encore l’enjeu. Elle explique le choix des deux « petits » candidats, Rick Santorum et Ron Paul, de ne pratiquement pas y faire campagne.

Avec ses retraités et ses jeunes Latinos, ses ingénieurs spatiaux et ses ramasseurs de tomates, ses chrétiens évangéliques et ses juifs, la Floride, véritable marqueterie de classes, d’âges, de modes de vie et d’origines, est un microcosme du pays tout entier. Connu comme un swing state (Etat indécis), l’Etat a voté Bush en 2004 mais Obama en 2008, comme le pays. Or, cette Floride a le blues. Sous le soleil insolent, le chômage frôle 10 % (8,5 % au niveau national) et l’immobilier peine à se relever de la catastrophe.

« Les gens ne voient pas le bout du tunnel et le niveau de mécontentement est très élevé, note Susan MacManus, professeur de sciences politiques à l’université de Floride du sud. Jamais, depuis que les sondages existent, l’aigreur à l’égard des élus de Washington n’a été aussi forte. Les gens pensent que le gouvernement jette leur argent par les fenêtres. Les travailleurs constatent que l’on aide les riches avec des niches fiscales, et les très pauvres avec des allocations. Eux n’ont droit à aucune aide, alors qu’ils ne peuvent plus rembourser leur crédit immobilier et que les prix de l’essence et de la nourriture grimpent. »

Il suffit de tendre l’oreille dans un meeting républicain pour le constater. « J’ai travaillé depuis l’âge de 17 ans, accepté tous les boulots. Je trouve ridicule que l’on indemnise les chômeurs pendant quatre-vingt-dix-neuf semaines », s’énerve Virginia, une retraitée de 55 ans coiffée d’un chapeau texan.

Elle est ravie que Newt Gingrich surnomme Obama « le président des food stamps » (aides sociales). « Beaucoup de gens ne sont pas seulement en colère, ils sont blessés socialement. Nous sommes inquiets pour nos retraites et convaincus que nos enfants auront une vie plus dure que nous », confirme Debbie, comptable. Elle s’emporte pourtant contre l' »Obamacare », le nom péjoratif que les républicains donnent à la loi sur l’assurance-maladie obligatoire. « L’Obamacare, c’est du racket fiscal, tonne Sharon Calvert, responsable d’un groupe Tea Party à Saint Petersburg. Que les jeunes paient pour les vieux, ce n’est pas juste. Ma fille, qui est en bonne santé, n’a pas d’assurance. C’est son choix. Personne ne peut nous forcer à acheter un produit qu’on ne désire pas. » Elle a choisi Newt Gingrich parce qu’il est « le plus pugnace face à Obama et aux médias dominants, acquis à la gauche ».

Se posant chacun en champion d’un « authentique conservatisme », les deux principaux candidats ont rivalisé pour promettre « le retour de l’Amérique que nous aimons » – celle d’un gouvernement fédéral réduit au minimum -, la création de millions d’emplois grâce à la fin de tout interventionnisme de l’Etat sur les marchés, le retour d’une défense nationale offensive et de la conquête spatiale qu’« Obama abandonne aux Chinois ». Tous les éléments du patriotisme – ovation aux anciens combattants, hymne national, prière au drapeau et à la Constitution – ont été convoqués. La règle qui veut qu’en Floride, seuls les adhérents du parti puissent participer à la primaire les a incités à redoubler de radicalité.

Soucieux d’attirer les hispaniques, MM. Gingrich et Romney ont fait assaut de modération sur un seul sujet : l’immigration. Le premier se défendant, la main sur le coeur, de vouloir « attraper les grands-mères et les grands-pères sans papier », le second rappelant que son père était né au Mexique.

Newt Gingrich, arrivé en Floride porté par sa victoire, le 21 janvier en Caroline du Sud, a perdu des plumes lors des deux débats télévisés où son adversaire a commencé à mordre. Les attaques de M. Romney sur le passé de lobbyiste de son rival, grassement payé par Freddie Mac, le géant de la réassurance immobilière, au coeur du scandale des subprimes, semblent avoir fait mouche en Floride, où des milliers de propriétaires ont été ruinés.

Champion du rentre-dedans, l’ancien speaker (président) de la Chambre des représentants avait gagné des points dans l’opinion en s’en prenant à un journaliste dont la question sur ses infidélités conjugales l’avait contrarié. Jeudi, lors d’un autre débat, il a perdu son avantage en se décomposant lorsque le meneur de jeu lui a tenu tête et imposé sa question. En montrant les dents, l’ancien gouverneur du Massachusetts a retiré à son adversaire l’un de ses arguments les plus vendeurs : être « le cauchemar de Barack Obama dans les (futurs) débats » télévisés.

Le Monde 31 Janvier 2012

This entry was posted in Floride, Politique, Republicains, USA and tagged , , . Bookmark the permalink.