Brésil et Argentine : Quelles alliances ?

La nouvelle présidente brésilienne, Dilma Rousseff, n’a pas fait un geste en se rendant à Buenos Aires pour son premier déplacement à l’étranger, le 31 janvier 2011. Elle s’est simplement inscrite dans la continuité de ses prédécesseurs, Fernando Henrique Cardoso (1995) et Luiz Inacio Lula da Silva (2003).

Dilma Rousseff est restée à Buenos Aires cinq heures, dont un quart d’heure consacré aux Mères et aux Grands-mères de la place de Mai. Grâce au travail en amont fait par les diplomates, les deux présidentes ont signé une déclaration conjointe qui fait seize pages et constitue un véritable catalogue.

dilmacristina.1296642215.jpgLa présidente brésilienne et son homologue argentine, Cristina Kirchner, ont réaffirmé l’importance de « l’alliance stratégique » entre leurs deux pays, et souhaité « l’approfondissement du Mercosur comme principale instance d’intégration politique, sociale, économique et commerciale de la région ». Elles se sont engagées à « une plus grande intégration productive et financière des deux pays ».

Les deux signataires se sont félicitées du niveau atteint par le commerce bilatéral, qui a frôlé les 33 milliards de dollars en 2010, un record. Leur déclaration ne mentionne cependant pas le déséquilibre des échanges : l’Argentine accuse un déficit de 4 milliards de dollars. Contrevenant les règles du Mercosur et du bon voisinage, les Argentins n’hésitent pas à interdire des importations brésiliennes.

Une éventuelle dévaluation du real brésilien provoquerait un séisme chez  les exportateurs argentins. Or Dilma Rousseff pourra difficilement maintenir l’appréciation actuelle de la monnaie par rapport au dollar.

Le Brésil est le premier investisseur en Argentine, avec 5,3 milliards de dollars en 2010. Au moins 250 entreprises brésiliennes sont implantées dans le pays voisin. Toutefois, l’attitude de Buenos Aires et de beaucoup d’Argentins à l’égard de ces investissements est ambivalente. Le fait que des industries, des banques et même la bière Quilmes (tout un symbole) tombent dans l’escarcelle des Brésiliens est vécu par de nombreux Argentins comme une humiliation.

Ce que ne sauraient cacher les déclarations diplomatiques et les embrassades des deux présidentes est l’évolution divergente des deux voisins à long terme. Depuis la seconde guerre mondiale, l’Argentine est sur le déclin, avec des soubresauts qui ont anéanti sa diplomatie. En revanche, le Brésil a diversifié et boosté son économie, et est devenu un acteur global.

Derrière le rideau, les deux gouvernements restent sur leurs gardes. L’Argentine refuse de soutenir le Brésil qui cherche à devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, car ce serait reconnaître son leadership. Brasilia limite sa coopération nucléaire avec Buenos Aires, en dépit des accords signés dans ce domaine, car la stabilité juridique et politique n’est pas le fort des Argentins. La vieille rivalité n’existe plus, mais la confiance ne règne pas pour autant.

Le Monde – Blog America Latina

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